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La fausse Innocence, Couture Automne-Hiver 2010-2011

Femmes à la taille prise, à la poitrine mise en valeur, à l’épaule volumineuse « montée » en un souffle, allusions 1900, c’est la silhouette maîtresse tirée de L’innocent de Visconti qui sous tend la neuvième collection couture automne-hiver Christophe Josse.

Mais il s’agit d’une fausse « Innocence » car les lignes, les détails, la construction des vêtements sont ceux d’aujourd’hui. Un corset soutient la taille mais assoupli pour permettre des mouvements aisés. Peu d’entoilage et de doublure pour des robes souffle, légères, au volume provenant uniquement de la « main » cassante, voluptueuse des étoffes. Néanmoins la silhouette existe, dessinée, au contour précis. Ecrin à la sensualité quintessencielle de Laura Antonelli. Mais pour une femme libre, comme l’était la Duse, comédienne rivale de Sarah Bernard et passion de Gabriele d’Annunzio.

A l’instar des costumes viscontiens, cette nouvelle couture de Christophe Josse plaide pour l’opulence, les tissus denses, riches au toucher comme au tomber. Une tension opère entre la fragilité de la mousseline plissée et le « corps » galbé d’un damas Lelièvre noir encre ou un gazar au gonflant fragile. La gaze crispée sur une robe brodée de plumes traduit ce même message. Sur la charmeuse gorge de pigeon un ruban de velours bleu nuit précise le tracé de la taille. La fourrure d’astrakan bouclé prend une teinte brume, même travail de relief avec des plumes frisées soulignées d’une « faveur » en velours améthyste. Les broderies de métal patiné étain, allument subtilement cette garde-robe sans citations historiques, sans références littérales à la Belle Epoque. Les broderies d’écailles de plumes d’autruche, glycérinées, n’ont rien du panache léger de ces années-là, elles paraissent comme éprouvées par le temps, affichent un tomber amolli, plus moderne. Coupés courts, les vêtements privilégient une ligne de jambe fuselée, interminable. Les pantalons suivent la même silhouette tige, affûtée comme un trait de crayon. Les vestes plus contemporaines révèlent une épaule légèrement pagode, affirmée mais pas hyperbolique. La combinaison pantalon mêle la camisole tirée d’un trousseau au gilet emprunté à « l’habit » masculin. Ailleurs, un col officier morphe en un revers tailleur sur une veste ultra précise.

La robe de mariée en déclinaisons de faux blancs associe l’organza crépônné à la mousseline chiffonnée et au tulle, en plissés organiques, aléatoires, déployés en une quille mille-feuilles.

Palette : Tourterelle, Améthyste, Noir, Gorge de pigeon, Suie, Brume, Gris perle.